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Lorsqu’on se trouve devant une toile de Marine Wallon, à quoi fait-on face ? Paysage et figure apparaissent simultanément, ensemble et séparés. Les figures, le plus souvent solitaires, sont présentées de dos, ainsi que nous le sommes devant le tableau pour qui se trouverait derrière nous, et cette mise en abyme que la scène provoque, comme lorsque deux miroirs en vis-à-vis créent la répercussion à l’infini du reflet dans le reflet, nous renvoie d’emblée à notre position de spectateur.

L’identification aux personnages est immédiate, peut-être parce qu’ils sont ces silhouettes anonymes, communes, passants fixés devant la grandeur d’un paysage qui emplit l’espace du tableau et du regard. Très vite, le paysage vient au devant de la toile, au devant de nous. Le peu de perspective à l’œuvre et un horizon parfois absent, comme dans Panamint, créent une frontalité troublante. S’évanouissent peu à peu les éléments distinctifs – arbre, côte, sable, végétation – pour laisser apparaître une surface, habitée et vivante, traitée en larges touches libres gardant la trace du geste. Un motif semble parfois surgir et se répéter, produisant un rythme, presque hypnotique, comme peut l’être celui d’une tapisserie qui, bien qu’immobile, paraît bouger : l’instant est devenu durée et la fixité mouvement. Le sujet est passé au second plan, nos repères ont vacillé, nous sommes maintenant face à la matière même – la peinture ; et cela remue.

Les peintures de Marine Wallon ne cherchent pas tant à représenter qu’à rendre présent ainsi que l’incarne dans Waucoba cette empreinte de main faisant écho à l’art pariétal – la plus ancienne inscription dans le paysage de notre existence. Cet écho à un art primitif où le support – la paroi des grottes – est apparent, ne semble pas anodin, car Marine Wallon ne tente pas de produire un paysage vraisemblant et ainsi recréer les conditions d’une situation réelle qui nous ferait oublier le tableau. Elle nous met au contraire face à la réalité de la toile, du cadre crée par ses bords, du plan de sa surface, face à la matérialité de la peinture via le passage visible du pinceau et la liberté de la couleur. De même la lumière blanche, comme artificielle, qui émane de la plupart des scènes, fait écho aux éclairages des musées, nous rappelant à notre statut de regardeur. Un regardeur placé devant une œuvre où quelque chose d’invisible est soudain manifeste, par quoi nous sommes arrêtés et rendus muets. La peinture est devenue le paysage, nous renvoyant soudain, par l’émotion et l’inénarrable, face à nous-mêmes.
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Anne Collongues