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FR / Marine Wallon fauche. Le geste est franc. Il taille le paysage. Ses peintures semblent relever de ces calcaires italiens, dites pierres à images qui une fois tranchées, laissent deviner des vues pastorales. La paésine, tel est le nom de cette fantaisie minérale, se forme selon une lente sédimentation fractionnée par les mouvements de tectonique. Enfouie dans des gisements antédiluviens, c'est bien l'action de l’œil humain qui vient débiter puis polir cette roche afin d'en révéler le panorama. La peintre coupe pareillement dans sa matière iconographique. Elle fouille la texture de films amateurs ou promotionnels, décrypte pour mieux décrire ces documents que l'on regarde peu, pas, plus. Ses captures d'écrans se font au sens propre. L'artiste chasse la bonne composition durant des séances de trois à cinq heures de visionnage électronique, derrière son moniteur, comme on pêcherait avec patience et tact. Puis ça mord. Il existe ce fabuleux mot, pittoresque. Digne d'être peint. Et d'un enregistrement à l'autre, la trappeuse vagabonde avec cet objectif. Elle confie sa gourmandise pour les filtres que les autres placent entre la Nature et elle. Ces retranscriptions sont un soulagement. Une herborisation sur le motif l’horrifierait par la prolifération des détails, alors qu'elle cherche justement à condenser les sensations. La brosse est son outil de prédilection, pour appliquer la couleur tout en l'étirant en flux continu. Le balayage cathodique est respecté. Son envie d'infini se lit dans la flagrance des hors-champ qui visent à ne jamais rien enfermer. Les figures de ses décors sont d'ailleurs toujours dans des espaces extérieurs, en marche vers je-ne-sais-quoi. Une mise en abyme s'opère avec ces regardeurs dédoublant l'expérience des parages de Marine Wallon.

« J'ai un rapport assez claustrophobique aux choses. »

Joël Riff, 2019




EN / Marine Wallon cuts. The gesture is frank, it clips the landscape. Her paintings are like Italian limestone, known as stones with images, that once sliced, reveal pastoral landscapes. Ruin marble, the name given to this mineral fantasy, is formed by a slow sedimentation fractionated by tectonic movements. Buried in antediluvian deposits, it is the action of the human eye that comes to cut then polish the rock in order to reveal the panorama. The painter cuts into her iconographic material in the same manner. She scours the textures of amateur and promotional films, decoding these documents that we watch very little, not at all, or perhaps, no longer. Her screenshots are done literally. The artist hunts for a good composition during three to five hour sessions of watching things behind her monitor, as one would fish with patience and tact, before something bites. There is this fabulous word, picturesque. Worthy of being painted. From one video to another, the hunter wanders with this goal. She confides her greed for filters that others place between nature and herself. These transcripts are reliefs. To botanize the motif would horrify her by the proliferation of details, as she seeks precisely to condense sensations. The brush is her tool of choice, to apply color while stretching it in a continuous flow. Cathodic scanning is respected. Her desire for infinity can be read in the flagrance of the off-screen that aims to never confine anything. The figures in her decors are always placed in exterior spaces, moving towards who knows what. A mise en abyme occurs with the viewers duplicating the experience of Marine Wallon’s surroundings.

“I have quite a claustrophobic relationship to things.”



Joël Riff, 2019

Translated from the French by Katia Porro